Dans le cadre de mon activité de correspondante locale pour Ouest France, à mes débuts, le chef de rédaction m’a dit “Ce que les lecteurs attendent, c’est qu’on leur raconte des histoires… Si tu peux nous faire des portraits, ça serait top !” ça tombe bien, c’est ce que je préfère ! (d’où le développement de mon activité de biographe). Bref, j’ai tout de suite pensé à Rolande et Jean. Ce sont mes voisins à de Plougastel, ils sont tous les deux nonagénaires et autonomes. Moi, j’adore naturellement discuté avec des “petits vieux” et quand je leur ai proposé d’écrire un article sur eux, ils ont tous les deux été partants… Même s’ils ne voyaient pas bien qui ça pouvait intéresser!
D’un article de presse locale…
Alors, je les ai interviewés, j’ai même suivi Rolande à son cours de gym adaptée, et j’ai rédigé un article, trop long par rapport au calibrage habituel, mais j’ai eu “droit” avec le chef de rédaction, de le faire passer en deux parties… Premier succès : il est paru dans les pages “Finistère”, plutôt que “Brest Métropole”, déjà j’étais pas peu fière !
Le dimanche, un message laissé par une personne travaillant au Service de Rédaction m’a fait plaisir : “Je suis en train de mettre en page ton article. Bravo ! ça fait plaisir de lire de belles histoires comme cela, ça va mettre du baume au cœur à nos lecteurs!”.
Bref, j’étais ravie, Rolande et Jean étaient contents de leur notoriété. Je leur récupérais un exemplaire d’Ouest France, ils pourraient ainsi le montrer à leur famille.
… à un reportage vidéo!
Je reçois alors un nouvel appel d’Alice Daudrix, une journalise vidéo qui, suite à l’article, souhaite faire un reportage vidéo du couple. Je tâte le terrain avec Rolande. Au début, elle n’est pas très chaude… et finalement, après en avoir parlé à sa fille qui lui a dit “Mais si maman, comme ça, on vous verra jusqu’en Amérique”, ils se sont lancés!
Avec Alice, on a passé l’après-midi avec eux, remontant dans leurs souvenirs de jeunesse, capturant les images de leur album photo, les suivant dans leur chemin de promenade habituel… et Alice est partie et Rolande et Jean étaient contents de cet après-midi un peu extraordinaire.
La vidéo est parue sur le site web d’Ouest France : Je l’ai montrée à Rolande et Jean, ils ont trouvé ça super et Rolande a eu son petit succès au bourg quand elle allait au marché…
Fin de l’histoire? Non, le buzz sur les réseaux sociaux!
Alice avait aussi réalisé une vidéo Réel pour les réseaux sociaux et suite à un échange avec elle, j’ai compris qu’on avait fait le buzz depuis le 12 mars, soit en un peu plus d’un mois:
Sur Facebook : 18.560 pouces – 439 commentaires – 915 partages et 1051 enregistrements soit plus de 575.000 vues
Sur Instagram : 14.100 cœurs – 341 commentaires – 1401 partages – 898 enregistrements soit plus de 422.000 vues
Sur Tik Tok : 35.900 likes – 310 commentaires – 2731 partages – 1705 enregistrements soit plus de 433.000 vues
Si mes calculs sont bons, il y a donc plus de 1 430 000 personnes qui ont vu (ou scrollé
sur cette vidéo. Quand j’ai été voir Rolande et Jean pour leur raconter, ils n’en revenaient pas… Je leur ai lu quelques un des commentaires que je glanais ici et là. Jean ne disait rien mais pédalait sur son vélo d’appartement comme s’il gravissait le col du Tourmalet et Rolande riait à chaudes larmes, touchée par l’émotion ! Et c’est à ce moment-là que je me suis dit que leur réaction valait tous les likes du monde, et qu’à ma manière, j’avais réussi à “immortaliser” leur complicité, leur longévité et leur naturel !
Ainsi, par certains aspects, le travail du correspondant local de presse n’est pas loin de celui du biographe (mais en plus court!!!).
Ainsi, je m’entraîne et j’espère bientôt pouvoir faire le buzz dans le cœur des familles qui me confieront leurs histoires!
NB : Pour ceux qui n’ont pas Ouest-France, voici le texte de l’article en intégralité (avec mon titre initial
!
Témoignage. « Je suis ses yeux et il est ma mémoire » !
Rolande a 91 ans et c’est une plougastel pure souche. Elle est mariée à Jean, 93 ans, depuis 66 ans. Ensemble, ils ont trois enfants, huit petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants. Tous les deux vivent toujours en autonomie dans leur maison familiale du bourg. Une vie simple et tranquille, ponctuée d’habitudes et d’anecdotes à partager…
Des nonagénaires très actifs
Chaque jour, Rolande se réveille naturellement vers 8 heures. Elle prend son petit-déjeuner, prépare celui de Jean et file faire ses courses chez Régis, la supérette du bourg. La matinée est consacrée à la préparation du repas, tandis que Jean fait ses ablutions. Même si ce n’est pas une grande cuisinière du quotidien, Rolande aime préparer sa spécialité lors des grands repas de famille : son fameux homard à l’américaine ! Après le repas et la vaisselle en duo « Je lave et il essuie » précise Rolande, c’est l’heure de la sieste. Souvent, Rolande profite des heures creuses pour faire sa lessive et mettre le linge à sécher dans le grenier : trente-deux marches à gravir et à descendre à chaque fois !
En milieu d’après-midi, le couple part se promener pendant une heure en suivant, selon la météo et l’envie du jour, l’un de leurs trois circuits de prédilection : « Quand on se promène, je suis peut-être ses yeux, mais lui connaît encore le nom des rues par cœur ! » confie-t-elle en ajoutant avec les yeux pleins d’amour : « Jean me donne toujours le bras, il glisse sa main dans ma poche pour être bien au chaud ». Et les jours où il pleut, Jean monte sur son vélo d’appartement et roule pendant une heure, arpentant dans sa tête les chemins dont il se souvient…
Après une collation, Jean écoute parfois le sport à la radio et surtout les matchs du Stade Brestois qu’il supporte avec ferveur depuis des années. À 19 h 15, la soupe est servie avec un peu de charcuterie et, à 22 h, après la séance télé, ils vont se coucher avec une bouillotte, et toujours dans le même lit depuis 66 ans… car « on se réchauffe mieux quand on est à deux ! » sourit Jean.
Chaque semaine, Rolande se rend à sa séance de gym adaptée, dispensée par Siel Bleu pour l’Astérie. C’est la doyenne du cours et elle aime autant y aller pour l’ambiance du groupe que pour l’activité sportive qui lui « renforce le corps et le cœur »… Il faut dire que Rolande maîtrisait le grand écart jusqu’à ses 80 ans et c’est encore la plus souple du cours !
Une vie pleine de souvenirs
Jean avait son entreprise de cars sur Plougastel-Daoulas et connaissait toutes les « ribines » de la presqu’île, de France et d’ailleurs… En effet, Jean avait un contrat avec les auberges de jeunesse et emmenait les jeunes de toute la France à Chamonix, mais aussi en Pologne, RDA/RFA, Maroc… « Pour aller à la neige, on mettait plus de vingt heures. On faisait la route de nuit. Je démontais alors les sièges et mettais de la paille par terre pour que les gamins puissent y dormir », nous raconte Jean, toujours aussi facétieux.
Suite à un glaucome, il a totalement perdu la vue il y a dix ans, mais pas la mémoire ! Rolande confirme : « Quand les enfants partent en voyage, ils donnent leurs itinéraires et Jean se rappelle du nom des villages, ». Preuve que tout va bien là-haut, trois fois par semaine, Rolande achète le journal, pas uniquement pour se tenir au courant des nouvelles du monde, mais pour faire les mots croisés et les Sudokus force 14, sinon, c’est trop facile ! » précise Rolande avec le sourire.
Une chose est sûre, Jean pourra toujours compter sur Rolande !




